cheminement-yogiLe dialogue sur les Yoga-Sutras de Patanjali se poursuit entre Théophile l’Ancien et son jeune ami Théo, cette fois-ci ils explorent les deux premières étapes : yama, les abstinences, la bonne conduite, et nyama, les observances. (Texte Patrick Fleury, illustration Sylvain Jenny. Retrouvez les dialogues de Théophile sur le site theophilelancien.org.)

L’Ancien reprend:

– Les huit étapes décrites par Patanjali doivent être considérées comme un tout, comme l’est l’individu, indivisible. L’homme est composé de trois corps et de cinq enveloppes. Le corps astral, aussi appelé corps subtil, contient quatre éléments : le mental (manas), la conscience (chit), l’intellect (buddhi) et l’ego (ahankar). Cela va constituer le point de départ de notre travail spirituel. Le yoga agit sur les trois corps et les cinq enveloppes, tous au service de l’âme (atman). Le processus consiste à les purifier et les affiner. Dans notre méditation nous utilisons le mental (manas), dans l’espace du cœur, pour faire la transition et l’intégration entre le plan matériel et le plan spirituel. Nous l’utilisons pour pénétrer dans la dimension du Soi.

– Pourquoi toutes ces étapes dans la tradition du yoga? A quoi correspondent-elles ?
– Tous les aspects sont pratiques : les asanas et la respiration servent à maintenir le corps en état de fonctionnement optimal car l’ascèse du yogi est éprouvante tant physiquement que psychiquement. Il se doit d’être fort et déterminé. Postures (asanas), respiration (pranayama), la bonne conduite ou les abstinences (yama) et observances (nyama) ont pour objectif de purifier le corps et l’esprit, en purifiant les canaux d’énergie. Ce nettoyage permet à la force pranique de circuler, d’activer la conscience et, pour nous, d’atteindre l’équilibre et l’éveil.
– Tu veux dire que ces simples exercices peuvent éveiller la conscience?
– Tout à fait et aussi développer des capacités intellectuelles et psychiques.
– Que veux-tu dire par purification ou nettoyage?
– La purification mentale, utile pour le développement de la conscience, concerne d’abord les abstinences (yama). Celles-ci sont abordées de manière positive:

  • non violence: ahimsa
  • dire la vérité: satya
  • non vol: ashteya
  • célibat: brahmacharya
  • non avidité: aparigraha

– Il y a donc une connotation morale dans yama? – Peut-être, mais un individu qui ment, vole ou blesse physiquement, mentalement ou spirituellement, perd son unité et se fragmente. Quand tu dis la vérité tu es dans un état non-duel. illustration-attachement
– Dans cette liste, peux-tu m’en dire plus sur le célibat ?
– En fait le célibat correspond, pour le yogi, au contrôle de ses sens et de tous ses organes, y compris ses organes génitaux. Le contrôle de la sexualité représente la plus grande difficulté. Dans l’approche Heartfulness, issue de la voie du Sahaj Marg (voir la première partie de cet article dans notre numéro no. 9), nous prônons la vie de famille, l’équilibre en tout. La famille est le meilleur endroit pour évoluer, elle permet de développer l’amour et le sens du sacrifice.
– Qu’en est-il des observances (nyama) ?
– Nyama a aussi cinq branches et chacune d’elles est pratiquée au niveau mental, verbal et physique, en lien avec nos trois corps :

  • la pureté: shaucha
  • le contentement: santasha
  • les austérités : tapas
  • l’étude des textes sacrés : svadhyana
  • la consécration à Dieu: Ishvar-pranidhana

– Prenons l’exemple de la pureté, comment procéder ?
– Le corps est purifié par l’eau. Le mental est purifié par la vérité et l’âme par la connaissance et les austérités.
– Et le contentement ?
– Le contentement est considéré comme la plus importante des observances. Cela consiste à apprécier et remercier pour tout ce que l’on reçoit de la vie.
– Cela revient à ne plus avoir de désirs, d’envies et de frustrations ?
– C’est le but recherché. Les austérités quant à elles, permettent de se purifier, mais aussi de développer certaines capacités, ce qui peut être nécessaire chez un yogi qui chemine seul, sans aucune aide. Il peut en avoir besoin pour progresser sur la voie de la réalisation. Cela dit, dans le Sahaj Marg, c’est le guide spirituel qui aide l’aspirant à passer chaque étape le moment venu. Pour ça, il utilise la transmission yogique, pranahuti, et le nettoyage des impressions ou complexités, samskaras. En fait les capacités, ou pouvoirs, sont très lourds à porter et il y a toujours le risque que notre ego s’en empare. Comme le disait Parthasarathi Rajagopalachari: «Voyageons léger, nul besoin de porter des pouvoirs. Ce dont nous avons besoin vient toujours à point nommé.»

– Donne-moi des exemples d’austérités.
– L’austérité mentale (baudhika-tapas), signifie l’équilibrage des tendances contraires. Elle engendre la quiétude, l’équanimité, le silence mental et le contrôle des inclinations non équilibrées. Le résultat produit la purification du chakra du cœur (anahata).
– Et le pouvoir du cœur n’est-il pas l’Amour ?

L’Ancien sourit et ajoute:
– Ce pouvoir-là peut être permanent: il n’a que des avantages…
– Personnellement, je trouve qu’il y a beaucoup de contraintes et d’ascétisme dans yama et niyama. Cela me dérange un peu.
– En fait, dans le Sahaj Marg, ces étapes de yama et niyama, sont traversées naturellement. Nous commençons directement par la septième étape, la méditation. Par exemple, le discernement (viveka) et le renoncement (vairagya) s’installent peu à peu en nous, car, sous l’effet de la transmission que nous recevons en méditant, notre esprit se tourne naturellement vers la Réalité. En fait il n’y a pas de renoncement, mais plutôt un détachement illustration-patanjali-reseauprogressif.
– Qu’entends-tu exactement par détachement ?
– Tu n’as aucun mal à te détacher des jouets de ton enfance aussi merveilleux qu’ils aient été. Quand ton esprit est tourné vers la Réalité, les enfantillages n’ont plus prise sur toi.
– Je t’ai entendu parler de non-attachement, qu’en est-il ?
– C’est l’étape d’après. Dans le non-attachement, nous sommes dans la vie de tous les jours parmi les nôtres. Nous faisons tout comme eux, sans attachement, avec plaisir même, car l’amour prévaut. J’aime regarder le DVD de la Fée Clochette avec ma petite-fille de quatre ans par exemple.
– Ainsi tu es «non-attaché» à la Fée Clochette!
– Qui sait ?
L’Ancien reprend plus sérieusement:
– En fait Babuji va encore plus loin. Pour lui, l’étape ultime est celle du «non-attachement-attachement».
– Qu’est-ce que ça veut dire?
– L’attention est tournée vers l’Éternel. L’installation du discernement, viveka se fait automatiquement grâce à la purification de tout notre système, de l’ego et de ses tendances. Le mental est ajusté, au repos. Alors, les pensées divines, les intuitions et les révélations surviennent. »

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