Tiré du journal « 6 millions de malentendants », le magazine des associations de devenus sourds ou malentendants, journal trimestriel, janvier 2018

 

Acouphène et méditation, un apaisement salutaire.Malentendante depuis une quarantaine d’année et appareillée depuis 25 ans, trois types d’acouphènes (cocotte-minute, vrombissement et mélodie) survenues progressivement squattent mon silence intérieur.

Un véritable orchestre en permanence dans mes oreilles!

Désespoir, dépression et folie guettaient à l’époque ma bonne santé psychique… Je rêvais d’un chef d’orchestre allant enfin de sa baguette clore ce concert infernal. Je le visualisais, je le suppliais. Après une fraction de seconde de silence, insidieusement les trois notes se remettaient à jouer avec en arrière plan, sifflements et vrombissements qui revenaient de plus belle… Un enfer!

Je faisais déjà de la méditation depuis quelques années et me suis dit qu’il serait bon d’intensifier ma pratique.

Aujourd’hui, grâce à l’exercice quotidien, ces acouphènes ne me dérangent pratiquement plus. Sauf à de rares exceptions près, lors de grandes fatigues ou si je me trouve dans un environnement particulièrement silencieux.

Comment est-ce possible?

Les acouphènes

Le n°13 du journal «6 millions» d’avril 2014 a été largement consacré aux acouphènes. Un rappel: les acouphènes sont des bruits intérieurs entendus en permanence. Ils peuvent être des sifflements comme une cocotte-minute, des chants de cigales, des chuintements, des vrombissements comme un moteur de bateau et même des mélodies. Ils sont le plus souvent associés à une perte auditive. Dans la cochlée, les cellules ciliées abîmées ne donnent plus de stimulations à la partie de l’aire auditive du cerveau et celle-ci, ne recevant plus de stimulus extérieurs va se mettre à produire un ou des sons de façon autonome.

La méditation

Contrairement aux idées reçues, la méditation ne nécessite pas de faire le vide, le silence, ou du moins pas d’emblée. Cela peut se produire mais ce n’est pas le but premier. La méditation consiste à diriger son attention de façon centripète (à l’intérieur) sur un seul point de référence et à observer ce qui se passe. Que cela soit des sensations, des perceptions, des tensions, des douleurs, des sentiments, des émotions, des pensées tournantes, des bruits intérieurs ou extérieurs, l’invitation est de tout accueillir de façon bienveillante, en restant centré sur l’objet de la méditation.

Orienter la pensée sur un «objet», comme la respiration, le cœur, le souffle va amplifier la partie sur laquelle l’attention est portée et mettra l’acouphène à distance. Il existe un grand nombre de voies de méditation, toutes ont leur propre valeur. Il est bon de trouver celle qui nous semble la plus adaptée à notre personnalité en l’expérimentant pendant 6 semaines au moins de manière sérieuse.

D’où vient la méditation?

Nous savons que la plupart des méditations ont leur origine depuis des millénaires en Inde et en Chine. Des fresques de personnages méditant ont été retrouvées et estimées à plus de 4 000 ans avant J.-C. La transmission de ces connaissances se faisait de manière orale et dès le Ve siècle avant J.-C., nous avons des traces écrites des deux grands courants de méditation, le taoïsme (Chine) et le bouddhisme (Nord de l’Inde).

En Occident, certains chercheurs spirituels ont fait connaître la méditation dans les années 68-70. Elle avait alors un goût de new âge, de baba cool et était souvent associée à des prises de drogue. C’étaient les premières recherches occidentales sur les états modifiés de conscience. Plus tard, associées aux thérapies corporelles et comportementales, la méditation connut un réel engouement et apparut comme un bon complément pour apaiser le mental et gérer les tourbillons intérieurs.

Les recherches faites en neuroscience sur la méditation

Ces dix dernières années, des neurologues occidentaux ont cherché à comprendre scientifiquement les bienfaits de la méditation grâce à l’imagerie cérébrale. Qu’ont-ils découvert? La plasticité du cerveau. La méditation apporte ce changement durable, particulièrement à l’endroit du cerveau où se situent les émotion: l’amygdale(¹). Les chercheurs ont constaté un rétrécissement de l’amygdale chez des personnes ayant pratiqué assidûment la méditation «pleine conscience» durant 6 semaines. L’amygdale est donc moins stimulée chez ces méditants d’où un émotionnel plus maîtrisé et modéré.

(¹) Amygdale cérébrale: noyau situé dans le lobe temporal et jouant un rôle dans les émotions et le conditionnement /Wikipédia

Quels sont les bienfaits de la méditation sur les acouphènes:

  • Un court-circuitage du focus obsessionnel sur l’acouphène

  • Une détente et un apaisement du corps et de l’esprit

  • Une prise de distance par rapport à la souffrance induite par les acouphènes

  • Une reconnexion à la joie profonde et au mystère de la vie qui ne dépend plus d’éléments périphériques ou extérieurs

  • Une plus grande acceptation de ce qui est

La méditation Heartfulnes

Je pratique la méditation Heartfulness dont l’objet d’attention est la région du cœur. En me focalisant sur cette partie du corps, les acouphènes vont se mettre en arrière-plan. Lorsque nous sommes en train de lire un livre passionnant, nous ne voyons plus la tapisserie (acouphènes) qui nous entoure alors qu’elle est toujours là.

En méditant, nous descendons toujours plus profondément dans notre cœur, nous allons contacter cette joie profonde et aussi ce point immuable et calme que l’on appelle dans les tempêtes, l’œil du cyclone.

En un mot, quand tout bouge, il est possible de retrouver ce centre stable, paisible, quoi qu’il se passe.

Nous aspirons à rencontrer une sorte d’apaisement qui pourrait être un silence intérieur, très profond. Pour les acouphéniens, cette quête est vaine, impossible, voire cruelle. Cela n’éteindra en rien les bruits intérieurs, comme les pensées tournantes d’ailleurs, non cela ne les fera pas taire! La méditation apaisera non pas le brouhaha mais bien la lutte engendrée par la non-acceptation de ce qui est.

En acceptant l’inacceptable, une détente s’installe. Les acouphènes deviennent alors périphériques et perdent leur pouvoir sur l’humeur et l’état dépressif souvent associé.

La paix intérieure malgré le vacarme.

Un maître spirituel disait: «cela ne sert à rien d’aller s’enfermer dans une grotte au fin fond de l’Himalaya pour méditer! Allez méditer sur la place du village un jour de marché et accédez à cette paix intérieure quels que soient les bruits extérieurs ou le remue-ménage intérieur. La paix est profondément installée au cœur de notre cœur».

Cela fait maintenant plus de dix que je vis avec ces bruits dans les oreilles.

Cela fait dix ans que je pratique quotidiennement et assidûment la méditation Heartfulness.

Tout est devenu plus doux et supportable. J’ai fini par oublier, ou plutôt à m’en faire des amis.

Le matin, je pars marcher au rythme de ma petite mélodie.
J’avance d’un pas alerte avec le vrombissement d’un bateau qui me fait rêver de voyages sur la mer.
Au passage, je salue toutes ces belles cigales.

Smita Gogniat, groupe Hearfulness Yverdon, Suisse

Pour en savoir plus:
Heartfulness
Mindfulness ou « Pleine Conscience »

Bibliographie :
Méditer pour ne plus déprimer: la pleine conscience une méthode pour mieux vivre de Williams, Teasdale, Segal, Kabat-Zinn préface de Christophe André
Christophe André: Je médite jour après jour
Fabrice Midal: Habiter mon corps, guide de méditation (coffret CD de méditations guidées)

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