LLEWELLYN VAUHGAN-LEE et HILARY HART font l’éloge de la simplicité et nous invitent à désencombrer nos maisons, nos esprits et nos vies. Ils nous proposent des pratiques simples pour renouer avec notre vraie nature, donner du sens à nos actes quotidiens et échapper au matérialisme omniprésent.

Les Moken, un peuple de nomades de la mer en Asie du Sud-Est, possèdent peu de choses. Ils ne peuvent transporter que ce dont ils ont besoin dans leurs petits bateaux. Dans leur langue, il n’y a aucun mot pour «inquiétude», mais quand le tsunami arriva, ils se montrèrent vigilants et observèrent la mer; ils virent l’eau monter d’abord très haut sur la plage, puis se retirer au grand large. Ils se souvinrent de leurs mythes à propos des mers. Alors ils conduisirent leurs bateaux en eau profonde et survécurent au tsunami. Les pêcheurs locaux périrent, leurs bateaux furent détruits. Ils n’avaient pas été attentifs, ils n’avaient pas été vigilants.

Comment pourrions-nous être pleinement attentifs quand notre vie est encombrée de tant de possessions, d’attachements et de désirs? Aurons-nous le temps de garder en mémoire ce qui se raconte, d’observer les signes et de diriger notre petite barque vers des eaux plus profondes? Ou bien serons-nous, comme les pêcheurs locaux, inattentifs aux besoins du moment, submergés par le tsunami du matérialisme? Nous vivons dans une culture où notre attention est constamment distraite, bombardés que nous sommes non plus par «dix mille choses», comme dans l’ancien temps, mais par dix millions de choses. Tout réclame notre attention, tout nous pousse à consommer, acheter, dépenser notre argent et notre temps. Et nous n’avons même pas idée des dessous et des subtilités de ce système consumériste, de son habileté à nous duper.

la-simplicite-un-autre-regardComment créer un espace de clarté et d’attention? Comment revenir à l’essentiel? Comment retrouver ce qui compte vraiment, ce qui donne un sens et une substance à notre vie quotidienne? Comment revenir à une simplicité de vie qui rejoigne celle de notre nature essentielle, qui donne une place au sacré?

Premièrement, nous devons comprendre que notre culture est entièrement tombée sous l’emprise de désirs inutiles, et reconnaître le poison de l’accumulation pour ce qu’il est. Nous sommes mis sous pression, conditionnés à vouloir toujours plus – c’est le mythe du progrès économique continuel. Ce mythe est devenu un monstre qui détruit notre écosystème, nous prend notre argent et notre énergie vitale. Notre conscience est polluée par ses slogans et ses rengaines publicitaires, conçus pour désinformer et manipuler. Et nous n’avons même pas conscience du pouvoir de sa sombre magie, de l’emprise qu’elle exerce en nous abreuvant de fausses promesses d’une vie meilleure, en nous assurant que «les choses iront mieux» si nous achetons tel produit. Ce mythe a saturé tous les recoins de notre culture. On nous presse de consommer des aliments emballés et même de la spiritualité emballée. Nous ne connaissons plus les ingrédients de notre vie.

Deuxièmement, il nous faut trouver la force de dire «non». Pour nous opposer à cette marée toxique, pour résister au pouvoir de ses promesses vides et aux entreprises qui les propagent, nous devons retrouver une simplicité essentielle, rechercher ce dont nous avons vraiment besoin, au lieu de ce que nous croyons désirer. Alors seulement nous pourrons commencer à entendre la musique de la vie, être attentifs aux besoins intérieurs et extérieurs de la Terre. Alors seulement nous pourrons redevenir vivants avec ce qui est sacré et vrai.

Troisièmement, nous devons apprendre à faire preuve de discrimination, à nous débarrasser de notre fatras intérieur et extérieur. Dans l’histoire d’amour entre Éros et Psyché, l’une des tâches presque impossibles que Psyché doit accomplir consiste à trier un énorme tas de graines. Comme elle, nous avons à trier ce qui encombre notre vie, à prendre conscience de ce qui a de la valeur, de ce dont nous avons vraiment besoin. La discrimination n’est jamais une tâche facile. Mais de même que Psyché est assistée dans son travail par des fourmis de bonne volonté, nous aussi recevons de l’aide: si nous y prêtons attention, nous trouvons en nous une qualité silencieuse, une sagesse instinctive. Avec le temps et la pratique, les choses deviennent plus faciles. Au fur et à mesure que nous dégageons davantage d’espace dans notre vie intérieure et extérieure, nous devenons plus attentifs à ce qui est vraiment nécessaire, plus conscients des leurres et des fausses promesses. Nous voyons plus clairement comment nos possessions prennent plus que de l’espace: elles mobilisent notre attention.

Personnellement, j’aime les anciennes voies taoïstes, celles des ermites dont la spiritualité était inséparable de la nature, et leurs poèmes qui sont comme une envolée d’oies sauvages haut dans le ciel. Ils vivaient une simplicité essentielle qui parle à mon âme, avec une robe et un bol, et leur hutte dans la montagne simplement ornée de «la lune à la fenêtre». J’ai tenté de retrouver cette simplicité dans ma vie, mais aujourd’hui il semble qu’on ait besoin de tant de choses pour simplement exister. J’ai tenté à maintes reprises de vider ma chambre, surtout quand j’étais plus jeune. Mais la vie de famille exigeait de plus en plus de biens – bien plus que ce dont un ermite a besoin dans sa hutte – et mes enfants se plaignaient de ce que je j’étais trop de choses.

Aussi, au fil des ans, je me suis plutôt efforcé de garder une simplicité intérieure, un espace vide aussi souvent que possible dans la journée. Maintenant que je vieillis, je ressens à nouveau l’appel d’un autre paysage, le désir d’une petite maison et de collines balayées par la pluie – peut-être dans les austères Highlands que j’ai connus enfant dans mon Écosse natale. Mais ma vie reste très remplie, bien qu’elle soit plus peuplée de gens que de choses. Je garde donc cette simplicité comme un secret intérieur, un vide auquel j’aspire.

Comment créer un espace de clarté et d’attention? Comment revenir à l’essentiel? Comment retrouver ce qui compte vraiment, ce qui donne un sens et une substance à notre vie quotidienne? Comment revenir à une simplicité de vie qui rejoigne celle de notre nature essentielle, qui donne une place au sacré?

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Comment créer un espace de clarté et d’attention? Comment revenir à l’essentiel? Comment retrouver ce qui compte vraiment, ce qui donne un sens et une substance à notre vie quotidienne? Comment revenir à une simplicité de vie qui rejoigne celle de notre nature essentielle, qui donne une place au sacré?

Je dois cependant demeurer vigilant. J’utilise la technologie moderne: un ordinateur, Internet, et j’adore écouter de la musique sur un iPod. Tout autour de moi, je sens le consumérisme et son dark web qui nous prend si facilement dans ses filets, bien plus que nous ne le pensons. En effet, il ne suffit pas d’éliminer l’encombrement matériel de nos maisons; ce à quoi nous consacrons notre temps et notre attention doit aussi être simple – il nous faut être attentifs à notre mode de vie.

La pratique de la méditation et de la pleine conscience peut nous débarrasser de l’encombrement de notre esprit. Quelques incursions aux dépôts d’entraide et de charité peuvent régler le problème de l’encombrement de nos demeures. Ensuite, il nous faut constamment rester vigilants, pour que nos tendances à amasser ne remplissent pas l’espace vide ainsi créé.

En plus de nous libérer de l’accumulation des pensées et des choses, veillons à ne pas nous engager en permanence dans des activités, car notre culture valorise le «faire sans cesse», plutôt que l’«être». Nous avons besoin d’espace pour regarder, écouter, marcher, respirer – pour être présents. Le Tao Te King enseigne la valeur du non-agir:

  • On fait de moins en moins jusqu’à ce que rien ne soit fait,
  • Quand rien n’est fait, il n’y a rien qui ne se fasse.

C’est par une qualité de vide que nous pouvons accéder à un rythme plus profond que le tintamarre en surface d’une activité incessante. Autrefois, nous étions tenus par le rythme des saisons et de la terre. Il nous faut maintenant lutter pour revenir à un rythme et un espace qui ne soient pas intoxiqués par la consommation, qui appartiennent aux saisons du sacré, où la vie coule encore selon sa nature essentielle. La simplicité, la patience et la compassion peuvent nous guider et nous maintenir intérieurement alignés. Nous pouvons ainsi nous remettre peu à peu à écouter la Terre, sa sagesse et sa beauté, à sentir le battement de son cœur et du nôtre. Nous pouvons ressentir à nouveau l’appartenance profonde qui nous permet d’être présents à chaque instant, non pas sous la forme d’une pratique, mais comme un simple état d’être. Nous pouvons alors nous rappeler pourquoi nous sommes ici-bas.

PRATIQUER LA SIMPLICITÉ

La simplicité est l’essence de la vie. Le mot vient du latin simplex, qui signifie «non composé» ou «composé d’une seule partie». Les choses simples reflètent cette nature essentielle, qui est celle de toute la création. Quand nous honorons les choses simples de la vie, nous revenons à cette unité, à notre véritable Maison.

Dans ce livre, toutes les pratiques proposent un retour à la simplicité. Respirer, marcher, cultiver les aliments, les cuisiner… ce sont les «coupe du bois et va chercher de l’eau» de notre époque. Si nous honorons ce qui est essentiel dans nos vies, nous nous connectons à la force de vie qui coule librement, à l’écart du théâtre et des drames de notre psychisme individuel et collectif. Nous sommes connectés et ouverts.

Portez plus d’attention à vos actes quotidiens, comme sortir du lit et poser les deux pieds sur le sol. Faites une pause. Vous êtes réveillé, vous êtes vivant. Observez comment vous vous sentez dans votre corps et comment vos pieds touchent le sol. Soyez attentif quand vous vous dirigez vers la salle de bain, la cuisine, le café ou le thé. Soyez reconnaissant pour l’eau dans l’évier, pour les oranges qui ont donné votre jus, pour le lait dans votre thé. Buvez lentement. Appréciez votre nourriture. Appréciez votre famille, le soleil qui entre par la fenêtre, la beauté que vous voyez chez votre partenaire et vos enfants. La simplicité se révèle grâce à la lenteur, dans des moments de calme où l’on peut voir, sentir, goûter, toucher et écouter. Vivez la journée avec respect et ouverture, faites des pauses, cessez de vous précipiter d’une chose à l’autre.

Faites un inventaire honnête de votre vie. Examinez ce qui vous prend du temps et de l’espace psychique. Inventoriez vos activités et vos engagements. Lesquels vous sont vraiment nécessaires? Quels sont les conditionnements et les habitudes qui prennent de l’espace et vous alourdissent? Qu’est-ce qui reflète vos vraies valeurs, nourrit votre âme et vous fait percevoir l’amour? Avez-vous besoin de ce nouvel objet ou de cette nouvelle activité qui ont attiré votre attention, ou n’est-ce qu’un désir?

Remettons-nous à écouter la Terre, sa sagesse et sa beauté, à sentir le battement de son cœur et du nôtre. Ressentons à nouveau l’appartenance profonde qui nous permet d’être présents à chaque instant, non pas sous la forme d’une pratique, mais comme un simple état d’être.

Passez-vous de certaines choses dont vous avez l’habitude pendant une courte période. Peut-être qu’au fond vous n’en avez pas besoin.

Écoutez les leçons de la nature, c’est une école de la simplicité. L’arbre qui pousse vers le soleil, le chat qui s’étire près du feu, les saisons qui se succèdent sans relâche nous enseignent la simplicité de ce qui est. La nature essentielle de notre vie reflète aussi cette simplicité, par le cycle de la naissance et de la mort, de la souffrance et de la joie, et même par la libération. Nous pouvons compliquer les choses en combattant la mort, en évitant la souffrance, en recherchant la liberté et le bonheur – mais nous ne faisons là que superposer notre expérience à ce qui est. Cherchez à vous harmoniser avec la simplicité naturelle sous-jacente aux complications de notre expérience humaine.

Revenez encore et toujours à ce qui est simple, à ce qui ne change pas avec le temps, à ce qui brille en permanence à travers le brouillard. Avons-nous besoin de plus que cela? Nous faut-il davantage que la beauté d’un pommier sauvage au printemps, une maison chaude en hiver, le murmure d’un ruisseau, une tasse de thé entre amis? Avons-nous besoin, dans nos vies, d’autre chose que d’amour?

Pratiquer la simplicité ne signifie pas donner toutes nos affaires, quitter nos emplois exigeants, déménager dans une cabane de montagne ou vivre hors circuit. C’est simplement recenser avec une grande honnêteté nos valeurs, ce qui nous soutient, ce qui nous apporte joie et sens, et nous consacrer à ces activités, ces personnes ou ces choses-là. Bien que la simplicité puisse nous amener à moins posséder ou à changer certaines de nos habitudes, elle implique un retour, et non un rejet – elle nous fait regarder à l’intérieur et dans la profondeur, au lieu de regarder ailleurs. Lorsque nous choisissons la simplicité, nous découvrons tout naturellement que nous avons besoin de moins de choses, et que nous sommes plus ouverts à la vie.

N’ayez pas peur de la simplicité. Elle peut sembler austère et vide parce qu’elle est exempte de complexité psychologique, et dépouillée de tout ce dont se pare l’accumulation de besoins et de désirs. Mais l’attention que nous lui portons, et les sentiments d’admiration, de gratitude et de respect qu’elle nous inspire, peuvent transformer cette austérité en la plus riche des expériences humaines.

Adapté de Spiritual Ecology: 10 Practices to Reawaken the Sacred in Everyday Life. www.spiritualecology.org © 2017 The Golden Sufi Center, Llewellyn Vaughan-Lee & Hilary Hart.
Llewellyn Vaughan-Lee est enseignant spirituel et auteur, Hilary Hart est une auteure qui se centre sur les femmes et la conscience féminine.
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