Cheminement d'un yogi - partie3

Théophile l’Ancien achève son exploration des étapes de l’ashtanga yoga de Patanjali en abordant aujourd’hui les deux dernières, dhyana, la méditation et samadhi, la contemplation.

– Et la méditation ? demande Théo, nous n’en avons pas encore parlé.

L’ Ancien répond :

– En effet, il est grand temps de l’aborder, c’est le coeur de notre pratique. Mais plutôt qu’un grand discours…

Il ferme les yeux, immédiatement accompagné par Théo, habitué à le suivre.

La voix du vieil homme s’élève, douce et profonde :

– C’est l’aube… le moment entre la nuit et le jour.

La nature est en parfait équilibre.

Assieds-toi en lotus. Ton corps est immobile tel une montagne. Tout est immobile en toi… silence… La lumière grise de l’aube pénètre toutes tes cellules… silence…

Pénètre ton esprit… silence…

Ton corps est totalement détendu… silence…

Ton esprit plonge dans l’espace sacré de ton coeur… silence dans le Silence…

Ton âme fusionne avec la Source de lumière divine…silence dans le Silence…

S’ensuit une longue pause.

La voix de l’Ancien reprend :

– Maintiens ta conscience en éveil et observe. Remonte tout doucement par paliers, par dimensions, en gardant le lien avec la Source divine.

Observe ton espace intérieur… silence…

Sat, chit, ananda… existence, conscience, félicité.

Chaque particule de ton corps est divinisée…silence…

et rayonne autour de toi… silence…

C’est tout.

OM… shanti, shanti, shanti.

Après un long moment, Théo remarque :

– C’était une méditation très différente !

Habituellement, tu me dis de commencer, je m’absorbe dans le coeur aidé par la transmission et, à la fin, tu dis simplement « c’est tout ».

– Il s’agissait d’une méditation d’exploration, faite pour que ta conscience, chit, puisse pleinement participer et soit vigilante au niveau des trois dimensions de ton être.

– Pourquoi m’as-tu demandé de conserver la conscience de la Source divine, lors de ma remontée ?

– Pour te donner un avant-goût du sahaj-samadhi.

– Comment définis-tu cet état ?

– Le samadhi est une « entase », c’est-à-dire une entrée en soi, opposée à « extase ».

– Et que se passe-t-il durant un samadhi ?

– Babuji parle de trois niveaux de samadhi. Le premier correspond au sommeil profond. Il y a alors une suspension des perceptions, des sensations et des émotions. Le yogi est inconscient. Il ne se rend compte de son état spirituel qu’en sortant de la méditation.

Le deuxième samadhi correspond à la conscience dans l’inconscience. Le yogi est tellement absorbé que rien d’autre n’existe. Il n’est pas conscient de ses actes mais il accomplit ce qu’il est nécessaire de faire.

– C’est encore une manière de subjuguer l’ego. Là, c’est sûr, il ne peut se créer d’impressions…

– Mais ce n’est qu’une étape sur le chemin de la réalisation. Le dernier samadhi est le sahaj-samadhi, le plus élevé. C’est un samadhi naturel auquel le méditant parvient sans effort. Babuji dit que l’être subconscient médite constamment sur Dieu alors que son conscient est présent à son environnement.

Dans le sahaj-samadhi (entase naturelle), tu es à la fois immergé dans la grande profondeur et totalement présent à la vie, au quotidien, aux autres. Babuji et Chariji donnaient l’impression d’avoir leur oeil gauche tourné vers l’intérieur, vers leur coeur, et le droit tourné vers l’extérieur. C’est l’état spirituel le plus élevé qu’un être humain puisse atteindre.

– Pour moi ce sahaj-samadhi était plutôt fulgurant ! Cela m’a semblé facile à atteindre.

– Nous dirons plutôt que c’était une approche.

Les Maîtres, eux, y sont en permanence.

Théo, malicieux :

– C’était une mise en appétit ?

L’ Ancien reste silencieux, impassible, seul son oeil droit s’illumine.

– Pourquoi finir avec le « OM » ? demande encore Théo.

– Nous étudions le Yoga. Babuji disait souvent « OM » à la place de « c’est tout ». Souvent les méditants coupent trop vite avec leur état intérieur quand ils entendent « c’est tout », alors qu’il faudrait laisser cet état se prolonger, encore mieux, il faudrait le développer.

– Il est vrai qu’avec le « OM… shanti », cela donne envie de continuer même après qu’on a ouvert les yeux.

– « OM » est le son du Verbe premier et shanti veut dire paix. C’est une bénédiction qui pénètre au plus profond de l’être. Les deux amis se taisent, replongeant dans l’atmosphère bénie de la méditation.

Texte PATRICK FLEURY, illustrations SYLVAINE JENNY

Retrouvez les dialogues de Théophile sur le site theophilelancien.org.

Voir aussi :

Dialogue sur les Yoga-Sutras de Patanjali

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