Un essai de Fabio Kohler

Quand un artiste crée un tableau, son esprit est continuellement absorbé par le travail en cours, par le choix de son objet, du thème, du meilleur matériau, des solutions techniques, etc. Il semble assez facile et naturel de méditer sur une activité matérielle. Mais lorsqu’il s’agit d’accéder à des états de conscience supérieurs dans le domaine spirituel, cela paraît plus difficile, car nous n’avons pas d’objet ou de point de référence extérieur comme point de départ. Je me pencherai donc ici sur le processus artistique de la créativité, pour observer comment une activité matérielle peut culminer en une expérience spirituelle.

Avant même de débuter un processus créatif, il importe de se ménager des circonstances idéales. D’abord, il faut du temps pour faire place à la créativité. Une personne dont l’assiette est pleine n’est souvent pas d’humeur à sentir ou recevoir l’inspiration. La deuxième exigence est un cœur simple et pur. Troisièmement, il est utile de créer un espace – un environnement dédié exclusivement à la création artistique.

Dans les premiers instants, l’artiste est inspiré par quelque chose qui le touche intérieurement, puis évolue vers un sentiment d’enchantement. Il entraîne son œil à devenir tel un nouveau-né observant le monde entier avec un sentiment d’émerveillement. Ensuite, il se donne suffisamment de temps pour observer le sujet, lentement, patiemment. C’est comme lire un roman de trois cents pages et raconter ensuite toute l’histoire. Si on ne prend pas le temps de lire le roman dans son intégralité, on n’obtient pas une vue d’ensemble.

Plus tard, on commence à dessiner légèrement sur le papier ou la toile. À cette étape, on reproduit avec les mains ce que les yeux ont vu et ce que l’on a ressenti. Lorsqu’on observe quelque chose continument, les yeux se déplacent autour de l’objet. De la même manière, la main répète ce mouvement oculaire. Dans un premier temps, l’image dans son ensemble est esquissée sur le papier, ce qui définit la mise en page du sujet. C’est plus tard que nous entrons dans le détail. Il est très important de ne pas se perdre dans les détails à ce stade initial. Comme le dit un vieux dicton chinois: «Si vous voyez la feuille, vous ne voyez pas l’arbre. Si vous voyez l’arbre, vous ne voyez pas la forêt.»

Après un certain temps, lorsqu’on a suffisamment d’informations visuelles sur le papier ou la toile, on peut se mettre à analyser les proportions, à identifier les abstractions géométriques dans les figures en apportant les corrections nécessaires. C’est là qu’entre l’esprit analytique, mais encore faut-il qu’il soit équilibré et intégré au flux naturel de la représentation. Plus tard, on observe la lumière et l’obscurité, en ajoutant des degrés d’ombre profonds et intermédiaires, et en laissant des espaces vides aux endroits où la lumière frappe le plus. S’il s’agit d’une peinture, l’étape suivante serait alors d’ajouter des couleurs et des nuances.

À un certain point, l’objet extérieur n’est plus nécessaire. Maintenant, on explore en profondeur l’univers graphique ou pictural, devenu une nouvelle réalité. On exprime alors ses sentiments les plus intimes, tout à la liberté de contempler son monde intérieur.

Cette étape peut prendre des heures, des jours, des semaines, des mois, voire des années. Et même lorsque l’œuvre semble aboutie, on peut très bien continuer à la «cuire à feu doux» en faisant constamment de petits perfectionnements et affinements. En fait, l’œuvre d’art n’est jamais terminée, c’est un processus qu’on a abandonné à un certain point et que les autres perçoivent comme achevé. Pour exemple, on peut citer la Joconde, la célèbre peinture de Léonard de Vinci, qu’il peignit pendant trois ans et continua d’affiner encore onze ans avant de se séparer de son œuvre.

Je trouve préférable de passer plus de temps sur un ou deux dessins, en approfondissant chacun d’eux, plutôt que de travailler sur plusieurs à la fois et de les finir trop vite. La profondeur qu’on atteint dans chaque travail a une grande importance. Cet approfondissement se poursuit d’une œuvre à l’autre – chacune conduisant à une profondeur plus grande dans la suivante. C’est un voyage vertical.

À la fin, lorsqu’on est sorti du processus artistique et que l’on contemple son œuvre, toutes sortes de sentiments surgissent: «Comment cela s’est-il produit?» ou «Qui a fait ça?» En même temps, tous les efforts et les sentiments vécus en travaillant sont encore très vivants et nous mènent au travail à venir. On n’a pas le choix, il faut continuer à exceller, parce que l’œuvre d’hier, l’effort d’hier, ne satisfait plus l’âme. Cela continuera jusqu’à ce que notre dernier souffle sur terre marque la fin de ce processus.

La beauté ultime de la création artistique est d’affiner l’outil au point de devenir un canal de création réceptif aux inspirations venues du plus profond du cœur. Nous sommes voilà devenus capables d’intégrer complètement le processus artistique à la spiritualité.

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